La face cachée du ballet diplomatique de KABILA à New-York

Que cachent les rencontres de KABILA avec ses partenaires au pays de l’oncle Sam? Tout le monde se pose la question. Ce que tout le monde sait, c’ est que lors de son dernier séjour à New York, le Président congolais a rencontré le Secrétaire Général de l’Organisation de l’ONU, son Adjointe Amina J. Mohammed, Alpha Condé, Charles Michel, Fatou Ben Souda etc. Pourtant, même si le grand public n’en connait pas les détails, une chose parait certaine : ces échanges ont été importants pour le futur du processus en cours en RDC, donc sur nos vies. On ne peut en effet pas s’en voiler la face : la perception et le comportement des dirigeants de l’ONU face à la crise congolaise constitue un grand enjeu diplomatique tant pour Joseph KABILA et pour l’opposition que pour l’ensemble des partenaires de la RDC.

Le fait que le Chef de l’Etat discute personnellement avec autant de hauts responsables mondiaux traduit deux évidences : d’une part, l’existence de questions importantes à régler, et de l’autre, un intérêt mutuel à arriver à un compromis sur ces dernières.

De quoi peut-il donc s’agir, sinon du processus démocratique en cours en RDC qui est une vraie préoccupation de toute la planète, surtout avec l’annonce de la CENI sur la quasi-certitude que cette année 2017 ne verra pas s’organiser les élections au pays de Lumumba tel que le préconise l’Accord de la Saint Sylvestre.

Or, de cette incapacité du pays à organiser les élections survient une autre question, plus poignante : celle de la validité même de l’Accord de la CENCO et de son applicabilité.

En effet, qui dit non organisation des élections par la CENI dit également existence des causes de cette situation qui inquiète les congolais. En termes clairs, on ne peut pas juste dire que les élections seront reportées sans dire pourquoi,  en vue de s’assurer des garanties pour la suite.

Et c’est ici que le bât blesse : la MP et l’opposition ne partagent pas la même analyse, ni la même perception des causes de l’actuelle situation du pays. Pour Joseph KABILA et ses alliés en effet, l’accord de la Saint Sylvestre est bel et bien en application et conduit vers les élections crédibles. Du côté de Limete, par contre, l’on semble être arrivé à la perte totale de confiance en Joseph KABILA et à sa famille politique comme partenaire dans l’application du texte signé le 31 /12/2016, voire comme interlocuteur.

Les divergences sont telles que les opposants ont écrit aux Nations Unies qu’ils ne croient plus en la volonté du Président KABILA d’appliquer de bonne foi l’Accord, ni de céder son fauteuil, et qu’ils ont cessé de le considérer comme interlocuteur.  Or, l’essentiel de l’Accord de la Saint Sylvestre était que ce texte engageait toutes les parties signataires à travailler ensemble, dans un climat apaisé, pour gérer la période précèdent les élections  en vue de garantir la crédibilité de celles-ci.

Aujourd’hui, même si la CENI avance peu à peu vers la fin des opérations de révision du fichier électoral, nous devons nous rendre à l’évidence : le climat politique est loin d’être apaisé. En premier lieu, les mesures convenues pour la décrispation du climat politique ne semblent pas avoir été appliquées.  En vérité, même le langage et le comportement dans les deux camps n’ont pas reflété l’apaisement requis par la situation, et ceci depuis les travaux du Centre interdiocésain de Kinshasa, où la classe politique a polémiqué 3 mois sans être capable de s’accorder sur des simples mesures d’application de l’Accord signé à la Saint Sylvestre, visiblement sans beaucoup de sincérité dans les cœurs des signataires. Pour compliquer davantage la situation, le pays a perdu le leader de l’opposition en la personne d’Etienne TSHISEKEDI, dont les troupes n’arrivent toujours pas à retrouver la cohésion qui était de mise en 2016 et dont les sous-groupes se sont dispersés, ajoutant à la confusion.

Le dossier RDC, un vrai casse-tête pour l’ONU

Aujourd’hui, les Nations Unies et tous les partenaires qui avaient tablé sur la capacité de la classe politique à s’entendre sur l’essentiel et de travailler ensemble ne cachent pas leur déception et leur désarroi car, manifestement, l’esprit et la lettre de l’Accord ne semblent pas faire l’unanimité du côté des principaux concernés que sont les acteurs politiques congolais, d’où une tension politique de plus en plus palpable.

Comment résoudre la crise congolaise qui risque de menacer la stabilité de l’Afrique ? Ceci devient  un casse-tête au point que certains sont allé jusqu’à proposer un nouveau dialogue, proposition qui a été rejetée par les principaux protagonistes. Pour la MP, l’Accord de la Saint Sylvestre est en cours d’application, alors que pour le RASSOP/Limete et ses alliés, le Président KABILA ne constitue plus un partenaire crédible et doit tout simplement se retirer.

Voilà donc l’équation qui semble se présenter devant la table d’Antonio Guiteres et de ses collaborateurs : comment remettre le processus sur les rails ? A en croire la dernière déclaration du Secrétaire Général de l’ONU, on a l’impression que ce dernier tente de couper la poire en deux : sans exiger à Joseph KABILA de démissionner, il lui demande d’appliquer intégralement l’Accord de la Saint Sylvestre.

Comment cette demande est-elle formulée en pratique et quelles sont les recommandations qui l’accompagnent ? Sans jouer aux magiciens, nous croyons que c’est justement de tout cela que le Président congolais discute avec ses partenaires et bien entendu avec la haute direction de l’ONU.

Quoi qu’il arrive, on voit donc que les rencontres KABILA – GUITERES sont des rencontres des grands enjeux, dont les congolais ne peuvent espérer que des solutions éloignant le redoutable spectre de la crise qui semble s’approcher du pays de Simon KIMBANGU.

 

Abraham MUSITSHI et Aline ENGBE