« La CPI n’a jamais jugé, ni condamné personne pour des crimes commis au KIVU » (KYAVIRO)

 02 octobre 2014-02 octobre 2017 : à l’occasion du troisième anniversaire du début des massacres qui ont causé des centaines de morts en ville et territoire de Beni, l’Honorable Jean-Louis Ernest KYAVIRO, Député National Honoraire lance, à travers Tshukudunews.com,  un message d’unité à tous les notables du Kivu en vue de neutraliser les Groupes armés. Voici l’intégralité de ce message.

Message de Jean-Louis Ernest KYAVIRO à l’occasion du troisième anniversaire du début des massacres en ville et territoire de Beni

 Cher frères et sœurs qui habitez la ville et le territoire Bénis de Beni, je vous salue avec respect, nostalgie et affection.

Chers frères et Sœurs.

 Nous sommes en début octobre. C’est donc avec des larmes aux yeux que je vous écris en ce jour commémorant un douloureux anniversaire,   marquant la 3ème année depuis le début  des massacres en ville et territoire de Béni.

 Aujourd’hui, mes premiers mots s’adressent aux aux victimes de ces tueries. Je présente encore une fois mes condoléances aux centaines de familles de civils, des militaires et des policiers qui ont perdu la vie dans cette tragédie.

Mes pensées se dirigent ensuite vers les milliers de veuves, d’orphelins et tous ceux qui ont gardé des séquelles  de ces tueries.

 À cette occasion, j’adresse ma sympathie aux centaines de milliers de personnes qui ont dû se déplacer ou se réfugier à cause de ces tristes événements.

Dans la foulée, j’exprime ma compassion aux milliers de mes frères et sœurs qui ont perdu des biens meubles et immeubles dans cette hécatombe.

Par la suite, mon esprit exprime son admiration au peuple de Béni, en ville comme en territoire, à qui a été infligé cette dure épreuve qu’il est en train de surmonter merveilleusement. Ainsi, le monde entier a été émerveillé de la participation massive des bénitiens aux opérations d’enrôlement des électeurs en dépit de ces malheurs.

Ici, je dois remercier nos vaillants militaires des FARDC, les agents de la PNC et les casques bleus de l’ONU qui se sont sacrifiés pour protéger les miens.

Je ne saurais taire ici les merveilleux efforts de la Croix Rouge, des organisations humanitaires et du personnel de santé.

La même gratitude s’adresse aux frères et sœurs qui ont accueilli spontanément leurs compatriotes en errance, et ont partagé avec ces derniers tout ce qu’ils possèdent avec amour: habitations, nourriture, champs…Les habitants du Nord Kivu et de  l’Ituri mériteraient un prix Nobel de solidarité, si ce dernier existait.

Je dis grand bravo pour le comportement héroïque affiché par la société civile locale depuis le début de la tragédie : elle a secoué le monde entier !

En ce moment, on ne peut pas non plus passer sous silence les efforts de la jeunesse, des associations féminines et ceux des mouvements citoyens.

Il serait ingrat pour moi de ne pas mentionner les journalistes qui ont, jour et nuit, en dépit des conditions de travail pénibles et au mépris du danger, informé le reste du monde de la catastrophe qui prévalait chez-nous.

C’est ici le lieu de m’incliner devant la mémoire ceux qui ont perdu la vie en plein travail, ceux qui ont été menacés et ont souffert pour avoir simplement répondu à l’appel de leur devoir, sans oublier ceux qui continuent à couvrir les tristes événements qui, malheureusement, continuent à marquer l’actualité du Kivu.

Je dois aussi  mentionner le rôle des autorités locales et provinciales. Dans la foulée, je rends hommage aux  efforts que déploie  la justice militaire pour que les auteurs et les commanditaires de ces crimes subissent la rigueur de la loi.

Cependant, cela fait 3 ans que les massacres de Béni sont bien connus, et je dois ici stigmatiser l’insuffisance d’attention que le monde, et même certains des responsables de nos institutions, ont porté à cette hécatombe.

À titre exemplatif, alors que l’implication des terroristes  étrangers   est avérée dans les massacres de Beni  et nonobstant l’envoi à la Haye d’une pétition signée par des centaines de victimes, la CPI n’a pas lancé la moindre enquête sur ce drame,  ce que je trouve  honteux.

A ce sujet d’ailleurs, je note qu’en dépit des nombreux cas de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et même d’actes reconnus comme des génocides commis au Nord Kivu depuis des années, la CPI n’a jamais condamné aucun de ses auteurs. Pas un seul n’a été jugé et ceci,  pour moi, est tout simplement scandaleux.

L’autre fait à condamner est l’attitude souvent décevante du Gouvernement MATATA PONYO,  qui a refusé pendant deux ans de décréter un deuil national et n’en accepté un que sur ordre du Président de la République. Curieusement, l’ancien maire de Beni qui dirige le Nord Kivu a soutenu cette attitude déroutante de l’Exécutif National !

L’autre injustice concerne la prise en charge des victimes : Ainsi pour plus de 50 familles éprouvées en ville de Beni lors des évènements de KALAU et RWANGOMA, le Premier ministre n’a laissé que 10 millions de francs congolais. Quelques semaines plus tard, son Gouvernement a donné 5 mille dollars à chaque famille victime des tristes évènements du 19/09/2016 dans la capitale.

Avec honte, nous devons aussi reconnaitre  notre insuffisance de cohésion, nous les  des acteurs politiques du Nord Kivu, face à  cette tragédie qui pourtant aurait dû nous pousser à transcender nos divergences et à  unir nos forces face à l’ennemi. 

Par contre, on a vu les cadres de la MP et de l’opposition se livrer à des accusations mutuelles, ceci  en plein massacre de leurs propres  frères et soeurs ! Chose triste, même le Gouverneur du Nord Kivu est entré dans la danse.

Ces tiraillements  politiques et ethniques entre nous,  qui malheureusement continuent,  nous divisent, nous  affaiblissent  et renforcent nos ennemis.

Chers frères et sœurs,

La situation de Beni n’est malheureusement pas la seule qui fait couler le sang et les larmes au Kivu et il devient urgent que cela cesse. Pour ce faire, la seule solution est l’unité d’action des élites  pour la neutralisation des circuits qui alimentent les groupes armés.

En effet, nos savanes ne produisent pas les armes et celles qui tuent nos frères ne peuvent venir que des environs. Les circuits qui nous tuent ne sont donc pas inaccessibles!

En plus, il y a des personnalités qui sont citées dans ce drame : quelles qu’elles soient ; elles doivent nous aider !

Compte tenu de tout ce qui précède, en ce triste anniversaire, je lance un appel pathétique à l’unité des notabilités du Kivu et au renforcement de la solidarité Nationale face aux drames que vivent nos compatriotes.

J’interpelle également les instances judiciaires nationales et internationales pour que les circuits mafieux qui endeuillent le Kivu soient démantelés et leurs animateurs neutralisés.

C’est la seule façon de stabiliser la région.

Unissons pour casser les réseaux mafieux qui, comme des  serpents, déciment les nôtres en  écrasant leurs têtes !

Que Dieu Vous Bénisse !

 Fait à Kinshasa, le 1er octobre 2017.

 Jean-Louis Ernest KYAVIRO

309 vues